A Noël, tonton Martin le raciste a bon dos

Tous les ans à Noël le même cauchemar qui revient, des gens qui n’ont jamais été victimes de racisme de leur vie veulent faire croire que leur tonton raciste ne l’est pas tant que ça au fond, et surtout se paient le luxe de se plaindre à tout va de combien tonton Martin est raciste. Vous remarquerez d’ailleurs que c’est la seule période ou ces gens acceptent de parler de racisme tout court, parce que c’est pas bien méchant, et puis Tonton Martin, il a bon fond. On l’aime bien quand même (ou pas), ses blagues relous ne font de mal à personne après tout.

Et puis vous comprenez, je ne cautionne pas du tout ce que dis Tonton Martin.

Votre fable de Tonton Martin #quiabonfondmaisquesquilestraciste dit beaucoup plus sur la société Française que vous ne le pensez. Ça et le succès du film Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?  (1er au box office français en 2014). Vous savez ce film raciste qui décomplexe totalement le problème du racisme en ramenant tout cela à une histoire d’individus qui sont sympas après tout.

Et puis l’idée est la même, en France il n’y a pas de racisme institutionnel, même si le tonton raciste est au final le conseiller municipal de votre petit patelin près de Caen ou il fait voir de toutes les couleurs aux seuls noirs de la zone. Ce n’est pas grave. Mais nous (non blancs de France) on doit vous supporter soupirer, et vous aider à trouver des feintes pour vous débarrasser une fois par an de Tonton Martin :

Ahlala Tonton Martin est tellement raciste *rires* comment je vais m’en sortir pour pas entendre ses jérémiades. Dès qu’il a un coup dans le nez, on ne peut rien y faire.

Car votre seul rapport au racisme reste comment s’en sortir sans froisser Tonton Martin pendant les fêtes. Le lendemain vous retournerez dans le vrai monde *sans racisme oink oink*. Vous direz à votre collègue noir Jean, qui est le seul à ne pas avoir eu de promotion dans la boîte malgré ces dix ans de bons et loyaux services et commence à se poser la question si quand même, le chef serai pas un peu raciste ?

Vous direz  donc à Jean :

Tu vois le mal partout, on ne voit pas les couleurs, c’est raciste de dire ça.

Nèg mawon : l’esclavage et le marronnage

Pour ce billet je parlerai uniquement du marronnage en Haiti. J’utiliserai aussi le terme nèg marron (en créole qui signifie nègre marron)

Parler de l’histoire en Haïti sans mentionner la révolution et l’esclavage est tout simplement inconcevable, comme on ne dissocie pas l’esclavage du marronnage. Il y a une telle fierté d’avoir gagné la liberté par le sang, dans la douleur, et sans concessions aucune. La photo qui illustre ce billet représente le monument au Marron inconnu, un nèg mawon qui est la figure même de l’esclave qui refusait de se soumettre. Cette statue se trouvant en face du Palais national, cela montre la place centrale qu’occupe le nèg mawon dans la révolution Haïtienne. Ici le nèg mawon a une chaîne brisée au pied et tient une machette de coupeur de cannes à la main tout en soufflant pour appeler à la révolte. Sur l’île en cours d’histoire dès le collège on apprend encore aujourd’hui les dates liées au marronnage mais aussi les grands noms de nèg mawon.

On apprend par exemple que le mouvement marron débute à Saint-Domingue avec Padre Jean, première figure connue de nèg mawon qui remonte au XVIIème siècle.

Que contrairement à ce qu’on peut croire, c’est un mouvement parfaitement orchestré. Que les esclaves ont tenté par tous les moyens d’échapper à leur condition par le marronnage, le suicide, l’avortement ou encore l’empoisonnement. Qu’un nèg mawon qui était retrouvé était mutilé : le tendon d’Achille entaillé pour empêcher une autre fuite, l’oreille coupé pour le marquer.

Le fait que le marronnage ai pu jouer un rôle aussi important sur cette île doit beaucoup au relief montagneux qui permettait aux esclaves de fuir plus facilement et se cacher plus longtemps. Les nèg mawon réussirent à vivre en groupes dans les forêts. Réussirent à pratiquer le vaudou et surtout à se réunir.

La cérémonie du Bois-Caïman qui est l’une des plus importantes réunions de nèg mawon eu lieu dans la nuit du 14 août 1791 et est considérée aujourd’hui en Haïti comme étant le mouvement ayant permis la révolution et la guerre d’indépendance. Le fait est qu’il est facile de douter de l’organisation stratégique des nèg mawon, de plus l’histoire fait peu cas d’eux.

J’ai eu la chance d’aller à l’école en Haïti ce qui explique que je m’y connaisse un peu, sur l’esclavage, les nèg mawon et encore, que pour une île. Bon nombre de fois, en discutant avec mes amis racisés ayant vécu toute leur scolarité en France (métropolitaine ou DOM TOM) ce qui revient souvent c’est que les cours d’histoire sur la colonisation et l’esclavage, s’apparentent pour les profs à faire passer la pilule la plus rapidement possible. 

Aujourd’hui je suis fière d’être une descendante de ces esclaves, de ce qu’ils ont pu accomplir ces nèg mawon pour renverser tout un système. Et heureuse qu’ils ne soient pas tombés dans l’oubli. Que quelque part sur un petit bout de terre, subsiste ce devoir de mémoire.

Je suis riche de vous

« Mais tu vois le mal partout ! » « Y’a pas de racisme. » « Je ne vois pas les couleurs. »

La mode étant au top liste pour tout ou n’importe quoi, voilà une petite liste de toutes les situations que j’ai déjà vécue ou top 20 des phrases bateaux, excuses bidons, trucs aberrants que moi en tant que femme noire je ne veux plus jamais entendre sauf si on me paye (j’ai le droit de rêver aussi).

Si à chaque fois que j’entendais ces phrases on me filait 1 euro vraiment je serais riche. Si,si. Bon je pourrais au moins me payer un voyage pour mes Antilles d’amour.

1 – Je ne suis pas raciste, j’ai un ami noir. ( MILIONNAIRE, Queen of the World, phrase bateau lalalère)
2 – Tu dois bien avoir de la beu toi t’es noire. (MAIS.)
3 – les blacks sont… insère ton cliché à la con ici (  oh de l’ espace    pour   ton cliché    ) sinon est-ce que moi j’appelle les gens blancs, white ? NON.

4 – Passer Magic System, Saga Africa ou au bal masqué oh hé oh hé et me dire : « c’est la musique de chez toi ! » (À ce rythme-là je peux dire que je suis citoyenne du monde puisque chez moi c’est partout où il y’a un Noir, il suffit d’un seul, oui un seul.)

5 – Tu es jolie pour une noire. (Merci ça me fait tellement plaisir, NON)

6 – Non mais toi ça va, t’es pas comme les autres. (Bah voyons.)

7 – Tu viens d’où ? ( De l’utérus à ma mère, je crois hein JE SUIS PAS SÛRE)

8 – Quand on essaye d’excuser un blackface. (Aux dernières nouvelles, je m’enfarine pas le visage pour jouer au blanc. Mais qui sait je devrais peut-être le faire)

9 –  Je ne pourrais jamais coucher avec une noire (quel est donc cet extraterrestre ?)

10 – Toucher mes cheveux, genre toucher les cheveux de gens que tu ne connais pas ?!? (AAAAAAAAAAAAH)

11 –  M’appeler la noire, la black, la renoi (J’ai un prénom sinon)

12 – Tu parles africain ( C’est quel pays l’Afrique ?)

13 – L’esclavage c’est du passé, deux minutes plus tard tu as vu ce super documentaire sur les poilus ? (No comment)

14 – Les noirs ont une odeur particulière ( MAIS ENCORE….)

15 – On ne parle pas assez de racisme anti -blanc. ( cette vidéo c’est cadeau, me remerciez pas, je suis une âme charitable, j’insiste)

16 – J’aime les filles noires, elles sont tellement sauvages. ( TOUT VA BIEN)

17 – T’es très cultivée pour une noire ( Le mépris est total)

18 – Tu ressembles à Beyoncé, Rihanna, Inna Modja (Je ressemble à toutes les femmes noires connues qui peuvent te rassurer quoi)

19 –  Au lieu de parler de racisme, parle plutôt de (insère n’importe quoi ici). Merci de ne pas me trouver assez intelligente pour choisir de quoi je veux parler.

20 – Tu dis ça parce que je suis blanc

RICHE !